samedi 5 juillet 2008

La baie de lauriers

Nuit du 3 au 4: Au lieu de dormir, je pense. Il y a des jours comme ça où l'on se sent terriblement insignifiant. Alors que la veille, on se croyait tout puissant et prêt à se saisir du monde, voilà que l'on se sent étonnamment proche des fourmis et des arraignées qui grouillent dans nos jardins et nos maisons. On songe à notre vie passée et on a un peu peur de l'avenir. J'étais pleine de confiance, et subitement, une petite voix anxieuse et désespérée à crié en moi: "Et si jamais?!". C'était la voix que j'ai appris à connaître au fil des années, et qui m'est aujourd'hui bien familière. C'était celle du doute. Si jamais? Si jamais ça ne marchait pas? Et si finalement j'avais eu tort... Vers la fin de la nuit enfin, épuisée je m'endors. Pour me réveiller sur les coups de 7h30. Mais je retarde au maximum, le moment tragique où je devrais me lever pour aller à mon destin. Je m'habille et mange un bout de cake à l'arrache, même pas eu le temps de finir mon thé parce qu'il me brûlait trop la langue.

Alors je suis sortie. Et plus j'avançais du lieu, plus je tremblais, plus mon coeur battait. Enfin, je n'ai plus eu aucune sensation des pieds jusqu'aux genoux. Je suis arrivée devant le bâtiment. Qui m'a semblé immense, bien trop immense. Des gens en surgissaient les larmes aux yeux, recroquevillés sur une petite feuille A4. J'ai pénétré dans la cour. Il y avait là une foule de jeunes gens totalement informe pour moi en cet instant que je ne pourrais qualifier que d'étrange et de surréaliste. Je n'ai vu qu'une chose: les panneaux d'affichage. J'avance, je cherche le numéro de mon jury avec des yeux perdus. Il est là. Regard vertical: Je cherche mon nom, mon nom, mon nom... Là! Regard horizontal: mention AB. Comme par mécanisme, mes yeux se remplissent de larmes de soulagement et je tombe dans les bras de maman. C'est fini!

J'entre dans le hall du lycée où deux ou trois personnes donnent une photocopie des relevés de notes à tout le monde. Il y a une table pour chaque numéro de jury. Il y a deux paquets sur chacune des tables: "admis", "rattrapage". Je me présente, les yeux encore rouges.

- Recallée? Me demande le garçon d'un air grave et compréhensif.
- Non, non admise!


J'ai envie de le lui crier, de lui chanter à tue-tête que je l'ai ce p****n de bac qui m'a fait stresser comme une folle pendant des semaines, que ça y est, je l'ai, je l'ai, je l'ai!!! Mais trop polie, je n'en fais rien.
Il prend le paquet des admis, ah... ce paquet... et il me tend ma feuille.

Bon, des notes plutôt en accord avec celles de l'année passée, à part la note d'italien, mais je m'y attendais un peu, bien que ce soit amèrement. Toujours est-il que j'ai des notes correctes ou très correctes dans toutes mes matières littéraires! Et ça, c'est une belle récompense. Un tsunami de coups de téléphone et de mails plus tard, je vais fêter le bac de ce pas.

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