lundi 7 juillet 2008

Après la danse

"Dans le pays on l'appelait l'Alouette. Le peuple, qui aime les figures s'était plu à nommer ce petit être pas plus gros qu'un oiseau tremblant, effarouché et frissonnant, éveillé le premier chaque matin dans la maison et dans le village, toujours dans la rue ou dans les champs avant l'aube. Seulement la pauvre Alouette ne chantait jamais."
Les misérables - Livre I

Mes yeux parcourent ces quelques lignes et s'embuent de larmes. Je n'ai jamais, ou si rarement, vu quelque chose d'aussi beau. Je lis le paragraphe encore une fois. Oui décidemment, c'est beau. C'est foisonnant d'images, c'est riche de sens, ce sont des mots comme je les aime. La petite Cosette a été douloureusement abandonnée par sa mère qui l'a confiée aux Thénardier. Comme quoi le malheur peut être splendide, la preuve. D'ailleurs les plus beaux livres de la littérature sont aussi les plus tristes.

Quoi de plus évident, en prépa, si on veut bien partir, il faut lire. Et lire beaucoup. Alors je lis. Les misérables, par exemple. À peine en vacances, et déjà des devoirs pour septembre. La liste de mes bibliographies doit faire une dizaine de pages. Ce qui n'est pas pour me déplaire, loin de là. Mais c'est qu'il y a des préparations à faire de surcroît. En philo par exemple. Alors, comme à mon habitude, je détourne la difficulté et je retarde le moment de m'y mettre, en me cachant derrière les bouquins de français qui eux, ne sont pas vraiment obligatoires... Mais ça va le faire.

C'est le bordel partout aujourd'hui: il pleut, le ciel est gris, ma chambre n'est pas beaucoup mieux, et ne parlons pas de ma tête. Même la musique qui sort de la radio est bordelique. Étrange aussi, mais pas désagréable. Un rayon de soleil. Je voudrais écorcher mes doigts avec une plume, les maculer d'encre. Mais je n'y parviens pas.

Le bruit que je déteste le plus au monde, c'est celui des tiroirs tirés avec violence, celui des couverts qui sonnent, des assiettes qui s'empilent, des chaises qui grincent.... Le bruit du déjeuner. Il va falloir y aller. Je suis pourtant tellement mieux, avachie derrière mon écran à me bousiller les yeux, le dos et les quelques neurones qu'il me reste.


Il existe une période post-examens que l'on appelle la retombée adrénalienne (quel orgueilleux cet "on", alors...). Au cours de cette période, l'individu dort beaucoup, a une flemme hors-normes, une efficacité réduite à son minimum, et une envie d'être utile proche du zéro. Après le trop-plein, le néant. Et l'étudiant se gave de bonbons en regardant des épisodes de Death Note en jap sous-titré anglais, et en se donnant bonne conscience: bah oui, je perfectionne ma bilingualité! Sinon il aire (fameux néologisme) sur des sites de geeks et regarde d'un air songeur des vidéos en prose sur youtube, à la recherche d'une bouffée d'air frais, en quête d'un peu d'inspiration. Ah! Ça fait du bien.

Allez, je repars ne rien faire, fermer les yeux, les rouvrir, pour mieux continuer à tisser cet amâs hétérogène, ces lignes incompaptibles.

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